Caractéristiques
Le corps de la truite fario est fusiforme et longiligne, et donc extrêmement bien adapté aux eaux rapides. Il est recouvert de nombreuses petites écailles (environ 120 sur la ligne latérale). Sa tête est massive et sa gueule largement fendue. Ses mâchoires solides sont recouvertes de nombreuses petites dents. Sa nageoire caudale est large et puissante, ce qui lui permet de résister aux courants violents autant que de nager rapidement, notamment pour regagner sa cache.
La taille et le poids de la truite fario varient considérablement selon les carctéristiques du cours d'eau dans lequel elle évolue. Elle peut facilement atteindre un poids de trois kilo dans une rivière de plaine, plus exceptionnellement 7 ou 8 kg, mais on a vu des truites atteindre un poids supérieur à 10 kg et une taille supérieur au mètre, notamment dans les gorges du Verdon. Dans un petit torrent de montagne, en revanche, les truites sont plus petites : la taille moyenne y est plus proche de 23 cm; on rencontrera toutefois des sujets âgés et particulièrement méfiants d'une quarantaine de centimètres. Pour ma part, la plus grosse truite que j'ai prise sur la Courbière mesurait 42 cm. La livrée de la truite fario varie parfois en fonction de carctéristiques génétiques, les truites des affluents de la Méditerranée étant d'une robe zébrée et plus dorée que celles qui vivent dans des cours d'eau se jettant dans l'Atlantique ou dans la Manche. mais, le plus souvent, les différences d'aspect sont liées à l'adaptation mimétique de la truite à son environnement : leur robe sera sombre dans des torrents granitiques et très ombragés, et argentée dans des rivières à fond clair et largement dégagées. Des caractères communs sont cependant obervables, notamment la présence de nombreux petits point noirs sur le dos et les flancs, ainsi que de quelques points rouges.
Habitat
La truite fario aime les eaux bien oxygénées (le taux d'oxygène dans l'eau doit être supérieur à 7 cm3 /litre, sinon, c'est la mort assurée). Aussi vit-elle dans des eaux froides, pures et vives, bien brassées, comme les rivières de montagne ou de piémont, ou dans des rivières de plaine de pays crayeux, de type chalk-stream, comme par exemple les rivières normandes, où le débit faible, la lenteur du courant et la température plus élevée sont compensées par une végétation aquatique abondante qui compense, grâce à la photosynthèse, des conditions géomorphologiques moins propices à l'oxygénation de l'eau.
Les truites ne sont pas également réparties sur une même rivière. Deux facteurs jouent dans cette inégale répartition : le nombre de postes et d'abris disponibles, ainsi que l'âge des truites. Les truites jeunes se trouvent en général plus représentées dans la partie amont. En effet, lors de la reproduction, les truites adultes vont frayer dans des zones plus propices tant à la reproduction qu'au développement des futurs alevins : il leur faut en effet de belles frayères de sable ou de fin gravier, des eaux plus froides, plus pures, des caches plus nombreuses et des prédateurs plus rares, conditions qui se trouvent plutôt réunies dans la partie amont des rivières. Elles remontent donc les torrents en direction de la source pour s'y reproduire. Une fois devenues aldultes et pus grosses, les truites de l'amont dévalent progresivement afin de trouver plus bas des conditions plus adaptées à leurs besoins. Sur une même rivière, on rencontrera donc plus de truites jeunes et petites en amont, et de plus grosses et plus âgées en aval. D'autre part, plus il y aura d'obstacles susceptibles de fournir des abris, rochers, berges creuses, racines, souches, fosses profondes, plus il y aura de truites, et plus elles seront grosses. En revanche, sur des radiers peu profonds, on trouvera moins de poissons, et ils seront plus petits. Mais tout ceci n'est qu'une règle générale, qui, l'expérience le prouve, souffre de nombreuses exceptions.
La truite alterne des phases de nourriture et de repos. Lorsqu'elle désire se nourrir, elle occupe des postes de chasse qui varient selon les saisons, l'heure de la journée, le débit de la rivière... En revanche, lors des périodes de repos, elle séjourne principalement dans des caches que la nature lui fournit, où elle peut tranquillement se reposer, sans avoir à lutter contre le courant, et tout en se trouvant à l'abri des prédateurs. Chaque truite a sa cache préférée, vers laquelle elle se précipite lorsqu'elle se sent en danger, ce que tout pêcheur insuffisamment précautionneux a pu constater en s'approchant sans discrétion du bord de l'eau.
Reproduction
La période de reproduction, nommée aussi le frai, a lieu chez la truite de novembre à décembre. Généralement, cette période est précédée de la remontée des truites adultes vers des frayères de fin gravier situées en amont des rivières, où les eaux seront plus pures, plus calmes et bien oxygénées, et sont souvent celles qui les ont vu naître. Elles n'hésitent pas, pour cela, à parcourir une bonne dizaine de kilomètres. Une fois parvenue sur les frayères, la truite femelle creuse avec sa caudale et ses flancs un sillon dans le gravier et y dépose ses oeufs, que le mâle, ou les mâles, féconde immédiatement en expulsant sa laitance.
Une truite pond environ 2000 oeufs par kilogramme de poids? La durée de leur période d'incubation varie selon la température de l'eau: elle doit être en moyenne de 400 d°/jour, ce qui signifie que l'incubation durera 40 jours dans une eau à 10°C, 50 jours dans une eau à 8°C, 80 jours à 5°C... L'éclosion donne naissance à des alevins qui puisent leur nourriture tout d'abord dans une sorte de grosse poche, la vésicule vitelline, qui se résorbera en un mois, au bout duquel ils seront en mesure de s'alimenter eux-mêmes.
Comportement et nourriture
La truite fario fait preuve d'un comportement territorial très prononcé lorsqu'elle se trouve sur des postes de chasse : tout intrus est attaqué, en principe du moins. La plupart des modes de pêche jouent sur cette agrssivité naturelle et cet instinct territorial, en particulier la pêche au lancer et la pêche au vairon. En principe seulement, car, tous les pêcheurs ont pu le remarquer, la truite fario se montre de plus en plus méfiante et y regarde à deux fois avant d'attaquer la proie qui se présente. On parlera alors de truite éduquée. C'est à cause de la pression de pêche que la truite s'éduque. Elle apprend à repérer le moindre signe qui trahit un comportement anormal de la part de la proie, et l'interprète comme un danger qu'elle refusera de plus en plus d'encourir. Plus la pression de pêche est élevée, plus les truites seront éduquées et méfiantes. On a même pu observer que, dans certaines rivières, les truites ne s'alimentent plus qu'en dehors des heures légales de pêche, ce qui les met à l'abri de leur principal prédateur : le pêcheur. D'où la nécessité de présenter sur les postes un appât qui ait un comportement aussi naturel que possible, ce qui requiert, de la part du pêcheur, un sens de l'eau très développé, une grande délicatesse, un esprit de finesse, et le contraint à pêcher avec des fils de fin diamètre et des plombées légères.
Essentiellement carnivore, la truite exploite toutes les ressources de la rivière : vers, gammares, larves, nymphes, mouches, tipules et autres insectes aquatiques, poissonnets, vairons, goujons, et tous les alevins, y compris ceux de leur espèce, auxquels s'joutent tous les insectes terrestres susceptibles de tomber à l'eau, comme les sauterelles, les coléoptères, les abeilles, etc... , ainsi que quelques débris végétaux. Si elle est agressive sur ces postes de chasse, la truite fario cohabite cependant sans heurts sur les postes de refuge, où grosses truites et truitelles peuvent partager l'abri d'un même rocher.

 
 
 
 
 
 

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